jeudi 10 mars 2016

Quatre éléments, quatre routes de cyclo-éco-formation


Ce site rassemble les recherches sur l'écoformation à partir des quatre éléments et à partir de quatre routes à vélo (cycloformation).

Les quatre éléments (air, eau, terre, feu) ont été explorés depuis 1992 par un groupe de recherche sur l'écoformation (GREF). Ces recherches ont donné lieu aux quatre productions ci-dessous: Le Feu vécu, De l'air!, Habiter la Terre, Les Eaux écoformatrices.


Les quatre routes sont les suivantes:

Pour 2012: Route du feu / Vésuve-Etna.

Pour 2013: Route de l'amitié Tours-Bordeaux.

Pour 2014: Route de Pologne.

Pour 2015: Route de la Tierra del Fuego (ci-dessous)

Les cyclistes et l'équipe technique: Bernard Heneman, Yann Pineau,
Gaston Pineau, Michel Maletto et Françoise Deroy-Pineau. Absent: Gérard Gigand.


Bonne route à celles et ceux qui veulent nous accompagner!

dimanche 27 décembre 2015

Flammèches de Tierra del Fuego


On s’est rendu en Terre de Feu, tout simplement.
Comme ça. À vélo. À trois. En Chanchita.
En passant par la Patagonie et ses voies
De bitume, de pierres, de poussières, d’émerveillement.

On a trouvé ses vents et son air vivifiant
Qui soufflent avec ardeur et généreusement,
Se présentant de derrière, de face, de travers,
À prendre et accueillir avec foi et prière.

Se sont offertes ses eaux qui entretiennent la vie,
L’eau pure qui désaltère, nettoie et énergise.
Mais aussi la pluie, la grêle qui nous attise
Et les glaciers, neige, lacs, rios qui nous ravivent.

Des fiers guanacos nous ont regardés de haut.
De même que condors, vautours et de nombreux oiseaux.
Tandis que brebis et leurs petits nous ont fuis.
Mais genêts, églantiers et lupins nous ont ravis.

Un beau jour, on a découvert la Terre de Feu,
Sa luminosité, ses déserts, ses mystères.
Ses températures et son soleil austère.
Avec les quatre éléments à aimer un peu.

Elle invite à créer avec sa vie cosmique
Que  concentrent ses immensités patagoniques,
Mais aussi et surtout avec le monde entier,

Qu’un esprit sain offre à notre créativité.


samedi 26 décembre 2015

Le retour: un temps stratégique de réflexion pour rendre le voyage formateur




Le temps du retour prend des formes très différentes suivant les types de voyage. Au simple retour physique rapide des déplacements professionnels, les voyages touristiques ajoutent des émotions sensibles à tenter d’exprimer et de communiquer. Ces tentatives s’en tiennent souvent à de brèves exclamations : « Ah que c’était beau! Que c’était bien! ».

Aller plus loin, nécessite déjà d’arracher un temps précieux aux autres et aux urgences qui se sont accumulées : classer les photos, les notes; provoquer une réunion pour fêter le retour et tenter de communiquer quelque chose à un environnement mobilisé par autre chose. Faire un débriefing, une réunion bilan, une séance d’évaluation, un rapport ou un compte rendu systématique fait partie intégrante des voyages d’étude. Mais rien n’est socialement prévu ou prédéfini pour réfléchir après coup, les voyages d’aventure, de recherche et d’explorations plus personnelles, inédits.

Aussi, leur apport demeure-t-il souvent insuffisamment exploité, personnellement et socialement. Le retour sur l’ampleur de l’investissement mobilisé demeure ridiculement faible. Se réfugier trop vite dans la gratuité et l’indicibilité de l’effort est se priver et priver la société d’un moyen expérientiel majeur de formation humaine : la formation par le voyage.

Un retour à long terme
Pour moi, cette route vers la Terre de feu dépasse de beaucoup le voyage touristique. Elle s’inscrit explicitement dans une recherche au long cours sur l’écoformation, c’est-à-dire la formation des relations à et par l’environnement. Elle s’y inscrit doublement. Par l’élément feu, dont c’est la quatrième et dernière route d’exploration à vélo, après La route du feu, du Vésuve à L’Etna (2012), la route de l’amitié, Tours-Bordeaux (2013), la route des fours crématoires en Pologne (2014). Grande reconnaissance à mes amis cyclosophes –Gérard Gigand, Bernard Heneman et Michel Maletto– qui veulent bien m’accompagner dans cette aventure écoformatrice selon leur disponibilité et avec leur propre finalité.

Mais le ciel, la terre et les vents de Patagonie m’ont fait sortir de ces découpes élément par élément. Ils m’ont fait éprouver dans cet environnement grandiose et dépouillé, quasi archétypal, de bout du monde, leur union énergétique existentielle cruciale et concrète de genèse d’un monde. Ils m’ont fait comprendre que le temps était venu d’un livre synthèse sur leur apport formateur/déformateur/transformateur. Surtout que depuis 1992, quatre ouvrages ont ponctué l’exploration des expériences formatrices avec chacun des quatre éléments : De l’air! Essai sur l’écoformation (Pineau, coord. 1992, rééd. en 2015); Les eaux écoformatrices (Barbier, Pineau, coord. 2001); Habiter la terre. Écoformation terrestre pour une conscience planétaire (Pineau, Bachelart, Cottereau, Moneyron, coord. 2005) et Le feu vécu. Expériences de feux écotransformateurs (Galvani, Pineau, Taleb, 2015). Donc le retour réflexif sur cette dernière route risque de prendre du temps. Elle implique la reprise de l’expérience et des écrits des trois routes et des quatre livres précédents.

La pertinence de cette reprise et de son travail un peu démesuré ne se justifie pas seulement par l’intérêt intrinsèque de ces routes et de ces ouvrages, mais aussi et surtout par le contexte mondial de mobilisation écologique qui les entoure. En effet, cette recherche au long cours sur l’écoformation ne se réduit pas à un simple réseau interpersonnel aux frontières des grandes institutions. Elle est portée plus ou moins consciemment par un mouvement collectif mondial de prise de conscience de l’urgence vitale de construire de nouvelles relations à l’environnement.

Le premier ouvrage sur l’air est paru la même année que la Conférence du Sommet de la Terre à Rio (1992). Et la Conférence de Paris sur le climat, du 30 novembre au 12 décembre, s’est tenue pendant cette route, 18 novembre au 14 décembre. Les deux se sont terminées quasiment en même temps. Le samedi 12 décembre a abouti à un accord historique de 195 pays pour tenter de construire un environnement viable et durable. La réalisation de cet accord ne sera pas possible sans le développement important d’une Éducation à l’Environnement et au Développement Durable (EEDD) et d’une écoformation, dont la nature et les liens sont à trouver.

D’autre part, il n’a pas été insignifiant de rouler dans le pays qui a formé un Argentin maintenant devenu célèbre par, entre autres, une lettre Sur la sauvegarde de la maison commune : Pape François, Loué sois-tu, lettre encyclique (2015). Dans le dernier chapitre, Éducation et spiritualité écologiques, il développe le défi de changer de paradigme éducatif, pour construire une éducation environnementale exigée par cette sauvegarde : « L’éducation sera inefficace et ses efforts seront vains, si elle n’essaie pas aussi de répandre un nouveau paradigme concernant l’être humain, la vie, la société et la relation à la nature. Autrement, le paradigme consumériste, transmis par les moyens de communication sociale et les engrenages efficaces du marché, continuera de progresser. » (p.151).

Donc de marginaux, les problèmes de formation de nouvelles relations à l’environnement deviennent centraux. Comme l’ont tragiquement propulsé les attaques du 13 novembre à Paris, les combats aux frontières se centralisent en se mondialisant. Le 12-13 novembre, dans les étapes d’approche de cette route, une communication dans un Centre Amazonien de la Frontière, dans un petit état de l’extrême nord du Brésil, Roraima, m’a ressensibilisé à la centralité stratégique des frontières.

La communication portait sur la Formation des enseignants face à la politique mondiale. Oser faire face à cette politique mondiale, est oser entreprendre d’apprendre à ouvrir le champ de conscience à de nouvelles situations. Pour se faire, il est éclairant de prolonger au niveau planétaire la distinction puissante de Paolo Freire, entre éducation bancaire et éducation conscientisante. Pour contrer la mondialisation galopante d’une instruction bancaire soumise aux lois du marché, il est nécessaire de développer une conscientisation planétaire des liens environnementaux enchaînant les quotidiens à l’échelle du monde. C’est ce que vise l’écoformation : transformer les rapports d’usage en rapports de sages.

Un retour à chaud
Dans cette dynamique, j’aimerais simplement communiquer sur ce blogue ce qui est remonté à chaud de ce périple auto-co-éco-formateur. Je l’ai déjà écrit sur le livre d’or de La Chanchita. C’est une réflexion en action. Elle a pris la forme d’un court aphorisme, type aïku, et d’un poème descriptif un peu plus long.

La courte formule a émergé dès le départ, suscitée par l’ouverture des larges horizons et la référence à une citation d’architecte - Le Corbusier - fournie par Michel. Elle a mûri en cours de route pour arriver à la formulation suivante :

Quand l’œil voit loin,
L’esprit se détend.
Il se déprend de l’égo.
Et tend vers le cosmos.

Le poème s’est composé en cours de route. Il a émergé au premier lever de la Chanchita, dans la splendeur environnementale de la Laguna de la Zeta à Esquel, illuminée de soleil et encadrée de monts enneigés.

C’est un autre poème – Je t’offrirai la terre, d’un auteur peu connu, Pierre Dumilan – qui est alors remonté et qui a été échangé. Peu à peu une version patagonienne s’est composée, au fil de la route, de ses visions et réflexions. Son titre -Flammèches de la Tierra del Fuego- veut souligner les limites de l’expression face à l’illimité de ce qu’il y a à exprimer.

« La transformation de l’humain devient une Ruta 40 incontournable »


« La transformation de l’humain devient une Ruta 40 incontournable »
Michel Maletto

Le premier matin de notre voyage, en sortant de la Chanchita, nous nous sommes retrouvés dans un environnement exceptionnel. Un lac tout calme au pied des Andes… LA carte postale, quoi! Nous avons pris le temps de nous arrêter, de nous laisser envahir par cette nature si riche et d’être à
l’écoute de ce qui pouvait émerger en nous. J’eus soudain le réflexe de lever les bras vers le soleil, tout en portant attention à mes pieds en contact avec la terre. Je prenais conscience – dans la mesure où l’on peut le faire – de l’immensité de l’Univers. J’avais lu durant l’année les dernières recherches des astrophysiciens qui témoignaient des plus récentes hypothèses du développement de l’Univers. À partir de ce matin-là, l’immensité de l’Univers a commencé à prendre une importance que je n'avais jamais perçue auparavant. Elle m’habite depuis ce jour.

Michel Maletto
Puis, nous entamâmes notre balade.

La Patagonie, avec la RUTA 40 qui la traverse, est un véritable désert. J’étais sidéré par la distance qu’il fallait parcourir pour nous rendre jusqu’à la Tierra del Fuego. Le mot distance prenait un sens que je n’avais jamais envisagé. Rouler des heures dans cet environnement si beau, si pur, si sain a fait naître en moi cette réflexion que nous faisons présentement… sur cette planète à sauver. Seul sur cette route, avec mes deux collègues, j’ai commencé à me dire que nous, les humains, devions faire un reset et repartir à neuf. Malgré toute la bonté des hommes, et surtout des femmes, nous nous étions sérieusement égarés dans le sens à donner à notre existence. Nous devions réfléchir à comment nous redonner cette Terre, telle que ses premiers habitants avaient dû la trouver, en d’autres temps.

En Patagonie, comme partout en Amérique et ailleurs sur la planète, il faut prendre conscience que nous, hommes modernes, et particulièrement les Occidentaux, n’avons pas su comment nous enrichir des cultures millénaires qui nous ont précédés.

Ce sont surtout ces pensées qui m’ont habité, durant toutes ces heures à pédaler sur les routes désertiques, entouré des horizons et des éléments de la nature : air, terre, eau et feu.

Nos journées oscillaient entre l’immensité des lieux et la proximité – pour ne pas dire la promiscuité – de notre quotidien de randonneurs. La vie commune m’a fait réfléchir sur ma façon d’être avec mes collègues et sur la simplicité volontaire de notre mode de vie dans la Chanchita [1]. J’en ai tiré aussi une série de leçons.

Depuis mon retour d’Argentine, d’autres réflexions remontent à la surface. Tout au sud de la Patagonie, UshuaÏa, dernier patelin habité par l’homme, est surnommé la « fin del Mundo ». Nous y avons souvent fait allusion, mes camarades et moi, lors de nos discussions sur tous ces voyageurs qui allaient au bout du monde connu, à leurs époques : Magellan, Horne, Colomb, Cartier, etc. Je crois qu’aller au bout du monde maintenant – sauver la planète – ne peut se faire sans que chacun aille au bout de soi. La transformation de l’humain devient une incontournable RUTA 40. Sinon, la fin du monde, la fin de notre monde, risque d’être incontournable.

Toute pensée n’arrive jamais par hasard… En lien avec mes réflexions sur mon avenir, en mai dernier au Bic, il est devenu clair que j’allais m’engager dans l’écriture d’un autre livre. Cette fois-ci, ce serait différent : le sujet ne concernerait pas mon travail, mais plutôt comment utiliser les cadres de référence et les méthodologies de DO dans la transformation sociétale qui m’apparaît essentielle si nous voulons conserver et développer le patrimoine humain que nous avons entre les mains.

Je pense intituler cet ouvrage « Une bouteille à la… Terre »!

Comprenez-moi bien, cette idée se veut simple et sans prétention. Je sais trop à quel point transformer une organisation n’est pas simple. Imaginons ce que cela peut être au plan sociétal...

Mais ne pas le faire m’éloignerait de moi... Et le phare du Canal de Beagle me guide!

C’est ainsi que j’ai compris de plus en plus qu’un simple voyage en vélo, si l’on prend le temps de s’y arrêter, peut s’avérer beaucoup plus riche que l’on pourrait s’y attendre. C’est avec Gaston et l’approche des histoires de vie que j’apprends à revenir sur mes expériences et à en saisir toute la richesse. Ce texte résume ma récente randonnée à vélo sur les routes de la Patagonie, jusqu’à la Tierra del Fuego.

Commençons par un petit détour dans le Bas-Saint-Laurent… En mai 2015, j’ai eu la chance de loger au Domaine Floravie, un ensemble de maisons écologiques situé au Bic, près de Rimouski. Dans cet environnement, on ne voit que la plage, le fleuve, les montagnes de Charlevoix à l’horizon et une petite forêt à l’arrière du site. Seul avec soi et la nature.

Le mois suivant, je célébrerais mes soixante-treize ans. Or, un matin, je me suis réveillé en pensant qu’il ne me restait que deux ans pour réfléchir à ce que je souhaitais faire des vingt-cinq prochaines années de ma vie. Je trouvais ma réflexion quelque peu particulière mais c’est ainsi qu’elle a émergé, spontanément, dès le réveil. Et je sais depuis longtemps que toute pensée n’arrive jamais par hasard. J’y reviendrai.

En septembre, j’ai lancé mon cinquième livre, qui faisait partie d’un projet d’écriture que je m’étais donné pour terminer ma carrière active de consultant en développement organisationnel. Durant ce même automne, j’ai légué à l’équipe professorale du département de psychosociologie de l’UQAR un résumé des cadres de référence et des méthodologies que j’ai développés, tout au long de ma carrière. Tout cela pour dire que ce que je souhaitais réaliser dans mon domaine professionnel était accompli. Quant à mes autres secteurs de vie – famille, amitiés, forme physique et biens matériels –, le tout était à ma satisfaction. Mon avenir devenait libre.

Ainsi, ce projet de voyage en Argentine avec mes collègues Gaston et Bernard tombait à point et me permettrait de prendre une pause, dans la mesure où une balade de cinq cents kilomètres à vélo peut être qualifiée de pause. Mais selon moi, un peu comme dans les processus de créativité, c’est en se centrant sur autre chose que l’essentiel risque d’émerger.

Michel Maletto

[1] Nom du camion de notre guide aménagé en mobil-home.

samedi 12 décembre 2015

2500 km en Chanchita


Remontée en 5 jours par la Patagonie atlantique, ou 2500 km en Chantita. Ouf!

Le lundi 7 est marqué par une invitation dans une estancia où Vedrana Bronzovich, une amie de Manu, nous invite. Vedrana est Baqueano de la Tierra del Fuego, agente de tourisme et propriétaire avec son frère d’une estancia de 9000 hectares. Leur père, yougoslave, l’a créée à partir d’une entreprise de bois. Vedrana essaie de devenir guide d’exploration écologique.

Dans l'estancia, nous avons pu assister à une marcation : marquage des bêtes au fer rouge, pour identifier le propriétaire et faire la désinfection, sans oublier la taille à l’oreille et le n° d’identification, la vaccination et la castration des jeunes mâles. C’est une activité intergénérationnelle qui permet aux  jeunes de s’initier au savoir des gauchos : capture des animaux au lasso et immobilisation musclée. Cela se fait dans une ambiance de fête familiale, marquée par le légendaire asado argentin. Nous avons assisté à sa longue préparation, mais sommes partis avant la dégustation complète. Attentive, Vedrana nous a quand même fait préparer un échantillon délicieux.

Ce marquage est une opération spectaculaire et éprouvante pour les non-initiés. Ceci fut pour nous une belle illustration de la confrontation des métiers de survie locaux dans un contexte de débat sur le rapport aux animaux et à l’alimentation carnée. Le tout se termina par une chevauchée en 4x4, petit camion Toyota à 5 places avec plateau arrière et arceau de sécurité, véhicule symbolique de la Patagonie, à travers des chemins
ouverts par le papa, entretenus par les enfants, à travers un cours d’eau et au bord de magnifiques lacs sauvages travaillés à l’occasion par des castors.

Dans les années 50, des Canadiens, avec l’idée lumineuse de faire commerce de fourrures, ont introduit 3 couples de castors. Résultat de l’opération : il y a maintenant des milliers de castors qui transforment l’environnement de la Terre de Feu, à la grande inquiètude des habitants. Reste à dire qu’il n’y a là pas d’autre prédateur pour les castors que les humains.

Reprenant la route, nous avons eu à passer deux fois la frontière entre Argentine et Chili, tout en ayant à traverser le détroit de Magellan. Le découpage de la Terre de Feu entre ces deux pays ne permet pas aux Argentins d’accéder directement à la partie argentine de la Tierra del Fuego. L’opération se termine à 2 heures du matin avec l’ultime bac de nuit, les trois cyclosophes étant dans leur couchette, s’en remettant à Manu, la Chanchita et le bac, dans un demi sommeil, perplexes quant aux divers mouvements des véhicules.

Le mardi 8 et le mercredi 9 : remontée par la Patagonie atlantique
Nous nous engageons sur la route n° 3 pour environ1500 km, jusqu’à Comodoro Rivadavia, qui nous fait découvrir l’immensité quasi désertique de la steppe patagonienne avec des lignes droites sans fin. Arrêt pour dormir dans la steppe après Puerto San JulianAu matin, Michel reprend ses habitudes de jogging et résiste à Gaston qui veut l’entraîner jogger dans la steppe.

Quelques distractions quand même grâce à la présence d’animaux, guanacos, parfois solitaires, parfois en troupeaux, des myriades de brebis et leur agneau, des renards, de magnifiques oiseaux, quelques bovins et de superbes chevaux. On voit, mais rarement, un gaucho sur son cheval, parfois accompagné de chiens, partant pour rassembler le bétail.

Le vent, aux allures fortes et capricieuses, est toujours au rendez-vous, sous un ciel variable, avec parfois de spectaculaires nuages aux allures effilées. Rarement, apparaît une petite agglomération de quelques cabanas, appellation donnée aux gîtes pour rares touristes en cette période de l’année.

Le Lonely  Planet se demande si le Petit prince était patagon. En effet, Antoine de Saint-Exupéry fut directeur de l’Aéropostale Argentina de 1929 à 1931. Il survola souvent ces régions quant il faisait cap vers Punta Arenas au Chili. On trouve des images de ces environnements dans le Petit Prince, Vol de nuit et Terre des hommes.

On sort de la route n°3 pour entamer la traversée est-ouest sur la route n°20. On dort à Gabernador Costa qui, comme toutes les localités de cette région, n’ont comme presque unique patrimoine que le ciel et la terre.

Le jeudi 10,  retour vers la Cordillère et dernière nuit dans la Chanchita.

Cette journée nous fait redécouvrir des reliefs, de la verdure, des lacs et des fleurs.
Manu nous entraîne dans le parc Los Alerces au niveau d’Esquel et nous déniche un endroit près du lac Rivadavia où les quatre éléments sont réunis de façon sublime.

Gaston sur le lac de la Zeta
On terminait ainsi notre périple près d’un lac aussi resplendissant et inspirant que le laguna de la Zeta où nous avions eu notre premier réveil. Ce lac avait inspiré à Gaston la lecture du poème de Pierre Dumilan: Je t’offrirai la terre. Il la termine avec la dernière strophe sur le feu et le Monde. Pour les amateurs, voyez sur la toileDécouverte du Fernet, apéritif national des Argentins, et asado, rituel final autour du feu.

Pour la première fois, ciel étoilé et découverte d’une croix du sud par Michel. Elle nous émerveille, même si c’est une nouvelle croix, un peu trop au nord, ce que Michel confirmera le lendemain suscitant une grande déception. Sa vue ne nous sera offerte que lors de notre prochaine incursion en hémisphère sud, probablement avec un nouveau véhicule qui pourrait s’avérer une chaise roulante, motorisée, souhaite
Gaston.

Le vendredi 11, retour à San Carlos de Bariloche.
Après trois semaines, la végétation du printemps a explosé et ce retour est salué par un festival de fleurs aux multiples couleurs. Lupins multicolores, le jaune des genêts, le rose des églantiers et d’autres, inconnues.

On retrouve la maison précédant notre départ qui nous offre un confort très bienvenu après trois semaines mêlant immensité et promiscuité. Les barbes ont poussé, les corps se sont encrassés, les esprits, assainis (à prouver dans la durée), heureux du périple accompli d’où, a posteriori, on peut mieux mesurer l’ampleur des risques pris. Pas d’incident majeur, même si certaines situations nous les ont fait frôler.

La pluie de ce 12 décembre nous porte à l’écriture et demain nous prévoyons
faire une boucle superbe, paraît-il, autour de Bariloche.



jeudi 10 décembre 2015

Les derniers milles terrestres des cyclosophes


Relation de Françoise:

Ils ont passé la nuit de mercredi à jeudi dans les parages de Gobernador Costa : c’est plutôt désertique.

Ensuite, ils ont beaucoup roulé sur la 40 pour arriver à Esquel vers midi. Le paysage, devenu andin, est magnifique. Pas étonnant qu’ils en profitent pour aller dans le parc Los Alarces et passer leur dernière nuit sous le toit de la Chanchita.

Ils espèrent y décompresser des affres de cette fameuse RUTA 40 qui ne semble pas des plus reposantes, malgré la monotonie de la steppe et, parfois, le spectacle de paysages époustouflants.

Demain vendredi,  ils prévoient d’être revenus à Bariloche, au terme d’une grande boucle.

Ils auront fait au moins 4400km, dont environ 1000 en vélo. Ce qui devrait être précisé par les intéressés qui, une fois arrivés à Bariloche, où se trouve l’écurie de la Chanchita, pourront nous donner des informations et, espérons-le, des photos.

mercredi 9 décembre 2015

La route 3 et la steppe




Nous sommes à Caleta Ollivia à faire le plein d'essence, d'eau et de messages Internet sur la route numéro 3.

Nous avons dormi en pleine steppe. Michel a fait son jogging et Gaston est allé explorer un bout de steppe. Les vélos sont sagement rangés sur un porte vélos bien réparé. On va quitter la route 3 à Comodoro Rivadavia pour rejoindre la Cordillère. Le trio se relaie à côté de Manu qui conduit plus de 10h par jour.


Les 3 cyclosophes


mardi 8 décembre 2015

Marcatione dans une estancia


On a débarqué sur le continent à 2h du matin après un assado écourté lors d'une marcatione de bétail dans une estancia. On remonte par la route no 3. La première grande ville en vue est Rio Gallegos sans connaître notre destination pour ce soir. Le ciel est encore bleu.

Gaston et Michel

Lexique
marcatione : C'est l'activité de marquer au fer rouge les animaux d'une estancia. Ainsi chaque famille peut reconnaître ses bêtes. L'activité regroupe tous les membres de la famille pour une fête. 

(définition de Michel)


dimanche 6 décembre 2015

Plus de détails sur les derniers jours en Patagonie


Voici le récit des derniers jours dans les mots de nos cyclosophes.

Le 1er décembre 2015 / Punta Arenas
Détroit de Magellan
Passage du détroit de Magellan

Malgré la précaution de Manu de nous faire passer la nuit sur le débarcadère, le bac est parti sans nous. Recherche difficile de supermercardo chilien… Finalement, nous avons dévalisé un Cosco chilien n’ayant ni oranges, ni jambon. Le moral est quand même monté petit à petit et nous avons pris la route pour l’autre bac à Punta Delgada… 100 km plus loin. En route, nous croisons une estancia de 1876… des photos suivront.

À côté d’un kilomètre de camions, nous avons pu embarquer rapidement et nous débarquons enfin sur la Tierra del Fuego sous un soleil radieux. Nous avons tous été émus de naviguer 500 ans plus tard dans les mêmes eaux que Magellan et de débarquer sur cette terre légendaire de la fin del mondo.

30 kilomètres nous conduisent à Cerro Sombrero. Nous y passons la nuit. Petite ville à la gloire des travailleurs du pétrole qui constitue une des principales richesses de la Tierra del Fuego.


Le 2 décembre 2015
Une route proche de la déroute. Après apparemment être tombés d’accord sur la seule  route bien asphaltée à prendre, la Chanchita et les cyclistes prennent deux routes différentes. Si bien que vers 16h, aucune jonction entre les deux ne s’est établie.

L’inquiétude déjà présente depuis 14h fait émerger  différents scénarios, voire la panne, l’accident, une assalto (attaque) de la Chanchita. Nous constatons que même le téléphone de secours donné par Manu ne fonctionne pas. Les pires scénarios sont imaginés.

50 km plus loin en route de cailloux, la Chanchita se pointe. Après 150 km de recherche, elle est elle-même très  ébranlée par la chaussée très caillouteuse. On repart pour  San Sébastian, un des deux passages - frontières entre le Chili et l’Argentine sur la Tierra del Fuego.


Ces péripéties se déroulent dans la région où se situe l’ouvrage de Cavalier seul de Patricio Mannes, conseillé par Guy Le Boterf. Il relate la colonisation de cet espace à la fin du 19e siècle avec le  génocide des premiers habitants de la Tierra del Fuego. On recommande aussi le livre de Francisco Coloane, Tierra del Fuego.

Ces deux auteurs chiliens, traduits en français, mettent magnifiquement en culture, l’histoire interculturelle mouvementée, souvent tragique, du peuplement de ces contrées où s’affrontent de façon quasi archétypale vents, terre, eau et soleil sous leurs multiples formes. Voir ne suffit pas, essayer de savoir un peu est nécessaire selon le conseil de Lanzman auteur - entre autres - du Lièvre de Patagonie.

Les 3 et 4 décembre 2015
Le retour en Argentine. Passage de la frontière Chili – Argentine

Nous quittons la frontière en vélo toujours dans les paysages de steppe en espérant que les virages nous favorisent par rapport au vent.

Pendant ces deux jours, le vent se révèle la variable dominante. Soufflant d’habitude de l’ouest, et nous allant vers le sud, il nous fallait composer avec des vents de travers. Les virages à gauche, tel qu’attendus, étaient porteurs d’espoir de moindre effort. Mais, facétie de la Patagonie, ce jour-là Éole est passé de l’ouest à l’est, nous apportant, de plus, un coup de fraîcheur inattendu, sans parler de la difficulté à maintenir le cap lorsque des voitures ou camions nous doublaient.

Comme toujours, la Chanchita est apparue au bon moment et nous a menés jusqu’à Rio Grande. Après le remplissage des réservoirs de diesel et d’eau, Manu nous a trouvé un espace pour la nuit près de l’Estancia Menendez. Bien que les cyclistes aient été exposés aux éléments, c’est Manu qui s’est farci une bronchite en voie de guérison le 6.

Le matin du 4, réveil dans la pluie glaciale. Prenant notre courage à deux mains, c’est en Chanchita que nous allons jusque Tolhuin. Là, nous avons visité le musée des Selk’namC’est là que le support des vélos rend l’âme, et à partir de là, nous devons compter seulement sur les vélos.

Bernard et Gaston
Ces vélos sont sous la haute surveillance technique de Bernard. Selles, dérailleurs, axes de roue, moyeux, freins, gonflage, qui quotidiennement nous permettent d’affronter même les routes caillouteuses. À notre grande surprise, les avaries ainsi contrôlées, nos montures tiennent la route.

Manu réussi à trouver un poste de soudure et à faire même les soudures nécessaires. Nous n’avons jamais eu un si beau support à vélos. À Tolhuin, en vélo, on quitte la route droite de la steppe et des environnements désertiques pour retrouver les routes de montagnes.

On s’achemine jusqu'à 60 km de Ushuaïa en campant au bord d’un lac habité par des castors, sous la garde de trois affectueux chiens. Belle promenade champêtre de Gaston et Bernard autour du lac. Paysage de sorcière avec des arbres improbables couverts de lichen.

Michel nous a gratifié d’un poulet à la diable, qui nous a heureusement distrait des pâtes de Bernard, qui n’avaient rien de la saveur italienne. Les compétences culinaires de Gaston le cantonnent à un rôle d’incomparable plongeur.

Le samedi 5 décembre 2015
Jour éminent de l’atteinte de l’objectif

À notre grande surprise, le temps est très favorable, bonne température, vent discret. Partant du lac, la surprise fut dans la montée de 12-15 km vers le paso Garibaldi. Ouf!!!

La densité de la forêt, les paysages, les cascades et les torrents, l’immense lac Fagnano, la neige, la redécouverte des sommets des Andes nous enchantent après la grande monotonie de la steppe.

Canal de Beagle
Descente bienheureuse pour les derniers km avant de voir s’inscrire Ushuaia aux portes de la ville. Il nous restait 6 km à franchir dans la zone industrielle avant d’atteindre le centre de la ville et le panneau de la Fin del mundo.

Cela méritait, pour certains, une messe d’action de grâce, et pour tous, bière et parilla (viande grillée) argentine, fuégienne et festive. Sur ce, nous avons dormi au bord du Canal de Beagle.

Dimanche 6 décembre 2015
La matinée s’est passée en mer, à la recherche des manchots, otaries, cormorans et île des Éclaireurs avec son phare, qui nous a donné un franc recul pour admirer la majestueuse baie d’Ushuaïa.

D’un des rares matins ensoleillés, nous avons brusquement été projetés dans le froid et le vent patagonien proverbial et devenu pour nous presque familier.

Nous projetons maintenant dans la douleur d’aller visiter le cimetière, en se souvenant que l’on est dans un endroit qui jadis fut un bagne. Et visite du Musée del fin del mundoavant les festivités programmées.

Puis, nouvelle nuit à la fin du monde avant de repartir vers un monde plus septentrional et paradoxalement plus chaud.